Cascade de glace – La colère du ciel

par *V* ~ Dimanche 2 février 2014. Classé dans : Alpinisme & Escalade, Montagne.

Date 2 février 2014
Cotation D / II / 3+
Altitude maxi 2000 mètres environ
Dénivelé positif Approche : 280 mètres. Cascade : 300 mètres
Durée aller-retour 8h30
Carte IGN 3436 ET Meije - Pelvoux - Parc National des Écrins
Topo Lien vers Camptocamp
Météo Légères chutes de neige
Accès Parking au hameau des Fréaux, peu avant la Grave. Traverser la Romanche sur un pont situé en-dessous du hameau. Prendre à gauche et remonter tout droit, le long de la rive gauche de la cascade jusqu'au premier ressaut.


Après notre initiation d’hier, nous voici prêts ce matin pour une grande cascade en plusieurs longueurs.
Quelques flocons tombent du ciel, et les chutes de neige ne s’arrêteront pas de la journée. Malgré tout, la neige ne tombe pas trop fort, les nuages sont assez hauts, on se lance donc dans l’aventure malgré cette météo pas terrible.
Comme hier, il faut commencer par une bonne montée en mode « sanglier » dans la forêt. La neige fraîche me fait souvent glisser, ma forme physique est plutôt très moyenne, je tousse comme un fumeur… Bref, je ne suis ni très motivée, ni très efficace, j’hésite même un instant à faire demi-tour… Mais les compagnons de cordée m’encouragent à continuer : on n’est pas obligés d’aller jusqu’en haut, au pire on pourra toujours faire demi-tour au bout de quelques longueurs. Va donc pour essayer quelques longueurs.

Après une heure de montée, nous voici au pied de la cascade. On s’équipe soigneusement, on bourre nos poches de barres de céréales, et on laisse une partie des sacs à l’abri sous un rocher afin de partir plus léger ; on les récupérera au retour.
On laisse partir une cordée plus rapide que nous, puis on attaque la première longueur. La glace est plutôt fine, mais la pente n’est pas très inclinée, parfait pour s’échauffer et se mettre en confiance.

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photo montagne alpes oisans ecrins la grave cascade glace colere du ciel

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Les trois longueurs suivantes ne sont pas difficiles : il s’agit simplement d’une pente raide mi-neige, mi-glace (presque pas besoin des piolets), entrecoupée de quelques ressauts plus verticaux. L’ambiance est fantastique, finalement je ne regrette pas de ne pas avoir fait demi-tour ! Nous sommes dans une sorte de large canyon au coeur de la forêt, le calme est absolu, on se sent très loin de la civilisation.
Les longueurs sont longues (sans blague), il faut bien les 50 mètres de corde pour faire la liaison entre les deux relais ! Malgré une apparente facilité, quelques ressauts sont tous de même bien verticaux. Nous ne sommes pas forcément très bien installés, et mon voisin de cordée chute au départ, me tombant ainsi dessus. Débaroulage dans la pente pour tous les deux (vive l’élasticité des 50 mètres de corde…), ses crampons se retrouvent plantés dans ma cuisse, ce qui me vaudra de jolis hématomes régulièrement répartis dans la jambe, quelques trous dans le pantalon, et un hématome de taille historique au bras le lendemain (c’est que Monsieur n’est pas un poids plume…). Plus de peur que de mal heureusement, les couches de vêtements et la neige fraîche ont absorbé le choc.

photo montagne alpes oisans ecrins la grave cascade glace colere du ciel

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Nous découvrons progressivement le grand mur de la cinquième longueur. C’est LA longueur clé de la cascade : une belle longueur tout en glace, bien raide et soutenue sur 50 mètres de haut. Cette portion est plutôt impressionnante, et on ne sent plus très en confiance arrivé au pied !

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A cet endroit, la cascade est large et plusieurs passages sont envisageables. On discute longuement des possibilités. Chacun choisit finalement son itinéraire. Certains préfèrent tailler au plus court ; quant à moi je choisis de louvoyer de manière à passer sur quelques marches qui me permettront de me souffler un peu en cours de route (à défaut d’un vrai repos !). Les premiers mètres sont un peu difficiles, je zippe plusieurs fois sans gravité, mais craint à un moment de devoir faire demi-tour… Finalement, on se dit qu’on a déjà fait des portions aussi raides bien que moins longues donc il n’y a pas de raisons pour que ça ne passe pas !
Je serre les dents et me concentre sur mes gestes : planter les piolets, monter une jambe en tapant fermement le crampon, monter l’autre jambe, souffler un bon coup, décontracter les mollets, essayer si possible de baisser un peu les bras pour faire descendre le sang dans le bout des doigts et éviter l’onglée, désancrer ces p*t$ains de piolets qui restent toujours coincés quand il ne faut pas, remonter les bras etc… J’avance doucement mais sûrement, la pente s’adoucit légèrement sur la fin, je retrouve le plaisir et de bonnes sensations.
A 4 personnes, il nous faudra une heure pour franchir ce passage difficile, mais tout le monde s’en sort honorablement, on est plutôt contents !

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La 6ème longueur est plus facile, c’est encore une fois une succession de quelques murs, certes raides, mais entrecoupés de portions de plats qui permettent de se reposer. Malgré tout, un peu fatiguée des émotions passées, je fais une belle chute au départ, ce qui me vaut à nouveau quelques mètres en roulé-boulé dans la pente neigeuse, et une impression bizarre lorsque je vois passer devant mes yeux le type de la cordée qui était pourtant censé être en-dessous… Je ressemble à un gros bonhomme de neige, et il ne me reste plus qu’à recommencer de gravir ces quelques mètres !

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Nous rejoignons enfin la forêt en haut de cette sixième longueur. La cascade continue encore sur quelques mètres, mais cette dernière portion n’est pas très intéressante car peu pentue. On décide donc de s’arrêter là pour aujourd’hui.

Dernière leçon de cascade de glace : la descente n’est pas la partie la plus facile ! Ne souhaitant pas tirer des rappels, on choisit de passer par la forêt mais la pente est fort raide, et on brasse la neige fraîchement tombée aujourd’hui. On descend donc doucement, chacun à notre tour, passant la corde autour des arbres pour s’assurer, piolets à la main en cas de chute. Finalement on se désencorde mais on garde piolets et crampons sur nous, car le chemin est fort glissant et il nous faut même désescalader quelques mètres (surtout moi qui suis une bien piètre descendeuse…).
Finalement, nous rejoignons le pied de la cascade. On retrouve facilement nos sacs à dos, et il ne reste plus qu’à se laisser filer jusqu’à la voiture.

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On rejoint le parking vers 16h30 peu avant la nuit, fatigués, affamés, mais très heureux de cette journée. On a l’impression d’avoir fait une vraie grande course, d’un niveau bien supérieur à celui que l’on aurait pu imaginer atteindre en seulement deux jours de pratique. Cela nous a permis également de prendre confiance pour aborder des petites pentes raides en alpinisme estival. Pas sûrs que l’on recommence ça tous les week-ends étant donné l’engament moral et physique demandé pour ce genre de bambé, mais on est contents de l’expérience.
Autre expérience : le lendemain, ce sera la découverte de belles courbatures dans des muscles dont on ne soupçonnait même pas l’existence !

Toutes les photos dans l’album photos de La Colère du Ciel.



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